La suite (et fin) des aventures du jeune Omer ^^
Le lendemain, j’avais un entretien avec mon chef. Je lui fis part de ma décision de quitter le bureau. Seulement il me faudra un certain temps avant de trouver un emploi, cela ne pouvait être que dans la capitale. Je demandais à rester en attendant, mais je lui dis que je ne désirais plus mettre les pieds dans le bureau du Directeur, sous aucun prétexte. Je n'avais été pour lui qu'un être peu intéressant et je ne voulais plus le voir. Mon chef partagea mon avis et m'encouragea à quitter l'usine où je ne ferais que vivoter.
Beaucoup de camarades étaient déjà occupés à Bruxelles. Je leur demandais de me seconder dans ma tâche. Je fis des demandes à la Société Générale, au grand central ( où se trouvait le frère de mon ancien instituteur MARIN), aux Forges de Clabecq, etc. partout où j'avais des connaissances. Il n'y avait rien nulle part, que des promesses.
Dans l’entretemps, arrivait Tubize un stagiaire, c'était un fils à papa le Vicomte de Bioley, dont le père était administrateur de la société. Il avait 25 ans environ et était doux, jovial, un caractère d'enfant. Tous les services avaient reçu l'ordre de le mettre au courant. Pour ma part, le comptable m'avait prié de le renseigner sur tout ce qu'il demanderait. Et je connaissais beaucoup, n'en déplaise au Directeur. Dans les premiers mois, il était d'une assiduité exemplaire. Puis ses visites s'espacèrent. Alors, il était à mes trousses. Il voulait savoir tout ce qui s'était passé en son absence. Une certaine intimité s'était installée entre nous. Parfois, il arrivait à Tubize dans la soirée, passait chez moi où je n'étais pas 3 fois par semaine. Il me cherchait à la gymnastique chez Baesberg ou au cercle musical chez Leduc. Il voulait savoir ce qui s'était passé en son absence. Un jour au cours d'une conversation sur l'usine, il me demande (à brûle pourpoint ce que je gagnais. Je lui dis: 70 francs par mois. Je profite de l'occasion pour lui exposer toute l'évolution de mon salaire depuis le début tout en donnant quelques coups de crosse aux dirigeants, le Directeur m'ayant rendu à moitié révolutionnaire.
D'autre part, je ne lui cachai pas que j'étais très bien au bureau. J'avais de bons collègues et un chef aimable J'avais l'impression de faire bien ma besogne et de bien connaître tous les rouages de l'usine et de l'administration. J'avais même pensé y terminer mes jours, étant sur place, dans commune natale. De plus, mes trois collègues me paraissaient avoir une situation aisée et avaient élevé dignement leur famille. Comme ils étaient plus âgés que moi, j'espérais les remplacer l'un après l'autre, ce qu'ils m'avaient laissé espérer bien souvent. Seulement, le Directeur ne me plaisait pas - mais les hommes passent - jamais, il n'avait eu un mot aimable, une parole d'encouragement, et je le voyais chaque jour depuis le début.
En novembre 1898, il m'avait profondément humilié, c'est ce qui m'avait fait prendre la résolution de m'en aller, mais à ma connaissance, le Directeur n'en savait rien. Je viens précisément vous offrir une place me dit-il. On cherche un bon employé à l'administration centrale à Bruxelles, où j'ai quelque chose ả dire. Voulez-vous y aller? Trouble dans mon esprit J'hésitais à cause du Directeur. il saura sûrement un jour que je suis là. Je lui fis part de cet état d'esprit. Le Directeur me dit-il, mais il m'a fait votre éloge, car je l'ai entretenu de la proposition que je vous fais. J'en suis resté baba. On ne pouvait être plus jésuite. Aussi je ne crus pas à la loyauté de cet éloge. Je me dis plutôt: il: joue avec moi. De BIOLEY remarque bien que cela ne m'emballait pas. Il insista néanmoins. Je lui dis: je vais réfléchir.
Le hasard tire bien souvent les gens d'un pas difficile. Le lendemain, il agissait
J'avais à différentes reprises tâté le terrain pour entrer chez SOLVAY. Le 31 mai, à 8 h. du soir, Jules LOBBE, un cousin, et Arthur BOIS d'ENGHIEN , tous deux occupés à la Maison SOLVAY, entraient chez moi, venant me dire de rédiger une demande d'emploi, un examen devant avoir lieu dans le courant de la semaine chez SOLVAY.
Le 2 juin, je passais mon examen, le 7, je recevais ma lettre d'engagement et le l6, j'entrais. Et je quittai les ateliers sans déposer fleurs ni couronne. J'étais entré, gamin, à 18 ans; j'en sortais, homme, à 22 ans. Mes 3 collègues avaient été bons pour moi. Mon chef, très aimable s'était montré sévère, mais non injuste. Tous trois ont facilité ma tâche. J'ai d'ailleurs emporté toute leur estime, et ils ont bien regretté mon départ. En passant près de 4 ans dans cette usine, j'ai appris beaucoup de chose de ma profession, forgé mon caractère et fréquenté une grande école morale. Mais, j'ai compris aussi l'égoïsme des hommes, leur petit esprit social, je dirais même leur esprit tout court. Tout cela contribué à me faire regarder autour de moi, scruter et analyser les gens que je côtoyais. J'en ai bien fait mon profit.
Il est difficile d’écrire ses
mémoires, sans parler de soi-même. Je l’ai fait avec modération. Je puis en
tout cas dire que je n’ai rien imaginé et rien amplifié. Je me suis tenu aux choses
que j’ai réellement vécues.
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