lundi 19 octobre 2015

Le Temple des Augustins, Bruxelles ^^

Octobre 2015. Petite promenade sur les boulevards du centre-ville de Bruxelles, transformés depuis fin juin en piétonnier. Même si l'espace urbain a considérablement évolué depuis les années 1880, de nombreux immeubles semblent avoir été conservés, de part et d'autre de la Bourse (voir photo ci-dessous). Parmi les différences les plus notables, relevons la construction du centre Monnaie (en cours de rénovation), le fait que les transports publics circulent en souterrain (prémétro, lignes 3 et 4) ainsi que la "disparition" du Temple des Augustins, que l'on peut encore apercevoir sur la photo de gauche dans le prolongement du boulevard Anspach.

La Bourse, avant (années 1880) / après (octobre 2015)

L’église ou « Temple » des Augustins a été érigée de 1620 à 1641 le long de la rue Fossé-aux-Loups. Cette rue avait été appelée ainsi parce qu'elle correspondait alors au fossé qui longeait la première enceinte de la Ville de Bruxelles, et auquel les loups pressés par la soif venaient se désaltérer. 

Extrait d’un plan indicateur de Bruxelles, issu du « Vade-Mecum » ou « Description de Bruxelles et ses environs », Bruxelles, 1830
Légende: B => Place Saint Michel (aujourd'hui: Place des Martyrs), C => Temple des Réformés, D => Ecole, E => Hôtel des Monnaies et Bourse, F => Grand Théâtre (aujourd'hui: Théâtre Royal de la Monnaie)


L’église faisait partie du couvent des frères Augustins qui s’établirent  à Bruxelles en 1589. En 1606, l'archiduc Albert d’Autriche, souverain des Pays-Bas, et son épouse Isabelle d’Espagne érigèrent le couvent en collège. On y enseignait le latin, le grec et la géométrie à plus de 500 élèves. Le bâtiment comportait six classes au niveau du rez-de-chaussée et trois à l’étage, deux réfectoires ainsi que cinquante chambres de pensionnaires. Outre le collège, ce couvent abritait un cloitre carré et vouté, ainsi qu’un magnifique jardin que la Senne coupait en deux. L'infirmerie se trouvait de l'autre côté du jardin (et de la Senne) afin d'éviter les contagions.

Revenons à l'église, qui fut officiellement consacrée en 1642 par l’archevêque de Malines, Monseigneur Boonen. Cet édifice n'avait ni cloche, ni clocher. Les cloches étaient enfermées dans une espèce de cage circulaire, placée derrière le pignon du frontispice. La façade fut entièrement restaurée aux frais de la Ville en 1782.

Comme toutes les églises de Bruxelles, celle des Augustins fut fermée le 8 novembre 1796, sous le régime républicain, par ordre des autorités françaises. Les frères Augustins furent expulsés et le couvent se retrouva rapidement démoli. La statue de Notre-Dame du Bon Succès, vierge écossaise en bois (chêne et noisetier) polychrome du 16ème siècle fut alors transportée à l'église du Finistère, située non loin de là. Elle y est toujours priée par les fidèles.



Napoléon rendit l’église au culte catholique par décret impérial du 9 messidor an 13 (28 juin 1805), comme annexe de l'église du Finistère, dont il a déjà été question ci-avant. Cette nouvelle affectation fut toutefois de courte durée. Le 7 avril 1814, les troupes suédoises investirent l’église et l’affectèrent au culte luthérien. Après avoir servi de poste de secours lors de la bataille de Waterloo en 1815, elle fut finalement affectée, en 1816, au culte calviniste, qui était celui de la famille d'Orange-Nassau. Elle s’appela dès lors "Temple des Augustins". A l'époque, c'était l'une des plus belles églises de Bruxelles. On y baptisa le futur Guillaume III des Pays-Bas le 27 mars 1817. La façade fut à nouveau restaurée en 1828, peu de temps avant que le dernier service y soit célébré le 21 août 1830.

Après la révolution de 1830, l'église fut désacralisée et servit à différents usages : des expositions, des concerts, des fêtes ou des solennités publiques. Les bureaux des Postes et Télégraphes y furent installés en 1875.

La façade du Temple, vers 1885

A la suite de la construction du voûtement de la Senne et de l'aménagement des boulevards du Centre, l'église se retrouva au beau milieu de la Place de Brouckère, la façade tournée dans l'axe du boulevard Anspach.

La voiture 236, affectée à la ligne « Midi – Point central – Laeken » sur les boulevards du Centre, avec le Temple des Augustins en arrière-plan. Date et auteur inconnus.
 

Un instant, en 1872, on eut l'intention de la conserver et de la contourner par une double artère. Considérée comme étant un obstacle à la circulation et au bon aménagement de la place de Brouckère, on finit par décider de sa démolition. 

Plan de Bruxelles de 1890. Le Temple des Augustins y figure, au centre, en tant que "Poste".


En 1893, l'Etat, propriétaire du monument, céda gratuitement la façade du Temple à la fabrique d'Eglise de la Trinité. Après le départ de l'administration des Postes et Télégraphes pour la nouvelle poste centrale construite place de la Monnaie, l'édifice fut finalement démoli de juin à septembre 1893. 

Plan de Bruxelles de 1898. Le Temple des Augustins n'y figure plus. Par contre, on peut y voir la place de Brouckère
ainsi que la nouvelle poste centrale ("Neue Post")


Les pierres de la façade, numérotées et transportées rue du Bailli à Ixelles, y furent réédifiées sur l'église de la Sainte Trinité, où elles continuent à voir passer les trams ^^

Parallèle entre la PCC 7718 et la motrice 1428, accompagnée de la baladeuse 29 devant l’église de la Sainte Trinité à Ixelles, le 1er mai 2014 à l’occasion des 100 ans de la ligne 81. © S. Lejeune


Bonne soirée,

Callisto


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