samedi 27 avril 2019

La production et la distribution de l'électricité aux Tramways Bruxellois, vers 1920 ^^

Dans un précédent article, nous avions abordé brièvement la production et la distribution de l'électricité aux Tramways Bruxellois dans les années 30. Suite à de nombreuses réactions (positives!) et aux nombreuses questions qui m'ont été posées, j'ai approfondi le sujet et je vous le présente à nouveau mais façon "années 20". Le tout est traité sous la forme de 10 "questions - réponses". Allez, c'est parti ^^

1. Comment l’électricité était-elle produite avant la construction de l’usine centrale?

La ligne des boulevards circulaires du haut de la ville et à celle d’Uccle à la Place Stéphanie ont été les deux premières lignes à être électrifiées à Bruxelles, en 1894. La production de l’électricité est assurée par une usine installée dans une partie du dépôt de la rue Brogniez. Cette usine comporte 3 chaudières et 5 groupes électrogènes de 100 kilowatts. En vue de l’alimentation des nouvelles lignes, l’usine de la rue Brogniez est agrandie et on y installe deux groupes électrogènes de 400 kilowatts, deux groupes de 225 kilowatts ainsi que deux nouvelles chaudières.


2.    Pourquoi avoir pris la décision de construire une nouvelle usine en 1901 ?

Pour beaucoup de raisons. D’abord, en 1899, la Société des Tramways Bruxellois obtient une concession d’une durée unifiée jusqu’au 31 décembre 1945, avec l’obligation d’appliquer la traction électrique à toutes les lignes de son réseau. La même année, les Tramways Bruxellois récupèrent l’exploitation des lignes du réseau du Chemin de fer à voie étroite de Bruxelles à  Ixelles-Boendael, ainsi que les deux usines qui approvisionnaient les lignes de ce réseau en électricité : ce sont les usines d’Ixelles et de Woluwe.

Cependant, même si les Tramways Bruxellois disposent de trois usines, celles-ci sont exiguës et ne peuvent que fort difficilement être agrandies, vu qu’elles sont situées dans des quartiers très habités. Leur ravitaillement en charbon est également problématique. Bref, les Tramways Bruxellois sont obligés de revoir l’approvisionnement électrique de leur réseau. La solution retenue est la construction d’une toute nouvelle usine centrale qui produirait de l’énergie électrique à haute tension (6600 volts) et qui alimenterait les usines déjà existantes, qui seraient alors transformées en sous-stations.

La construction est confiée à une société allemande, l’Union Electricitäts Gesellschaft, dont les conditions avaient été considérées comme les plus avantageuses.

Vue globale de l’usine avec ses deux cheminées et sa grande grue transbordeuse (à l’extrême droite) – © Coll. Mupdofer.

3.    Disposons-nous d'un plan de l’usine ?

L’usine centrale se trouve sur le quai Demets, le long du canal qui relie Charleroi à Bruxelles. Le plan suivant représente l’ensemble de la salle des machines, avec les 5 groupes électrogènes à piston de 1.500 kilovolt-ampères (en haut à gauche), les deux turbo-dynamos (de 4.000 et 6.000 kilovolt-ampères, en haut à droite), le tableau de distribution (tout en haut, au centre), les 9 groupes de deux chaudières (en bas) et les 2 cheminées (tout à gauche et tout à droite).




4.    A quoi ressemblait cette salle des machines ?

Pour vous donner une idée, voici une photo des groupes électrogènes à piston de 1.500 kilovolt-ampères...




… ainsi qu’une photo de la turbo-dynamo de 4.000 kilovolt-ampères, construite par A.E.G.


On notera que tous les appareils à haute-tension avaient été placés dans le sous-sol (pour des raisons de sécurité) et étaient séparés les uns des autres par des cloisons en maçonnerie.

5.    Et le tableau de distribution ?

Le voici en photo :



Ce tableau était placé sur une plate-forme et était divisé en 3 parties :
- La première partie comprenait les appareils à basse tension et en courant continu (comme par exemple, les dynamos).
- La seconde partie du tableau comprenait les commandes des interrupteurs à haute tension.
- La troisième partie du tableau comprenait les appareils de mesure, qui sont disposés sur l’avant de la plate-forme et appliqués sur des tubes en cuivre à claire-voie. Ces tubes étaient espacés de 30 centimètres l’un de l’autre, ce qui permettait à l’électricien de suivre tout ce qui se passait dans la salle des machines tout en contrôlant ses appareils.


6.    Et les chaudières ?

La salle de chauffe comprenait 10 chaudières en 1903, auxquelles il a été ajouté:
- Trois chaudières qui provenaient de l’usine d’Ixelles
- Trois chaudières qui provenaient  de l’usine de la rue Brogniez
- Ainsi que deux nouvelles chaudières.

Ces chaudières étaient disposées en 8 groupes de deux et leur alimentation en eau se fait au moyen de pompes. Deux cheminées de 60 mètres de hauteur et de 3 mètres de diamètre au sommet assuraient le tirage pour toutes les chaudières.

La salle de chauffe et les godets assurant le transport
du charbon – © Coll. Mupdofer


7.    Comment le charbon arrivait-il jusqu’aux silos ?

La chaine d’approvisionnement en charbon était des plus modernes (pour l’époque) et était quasiment entièrement mécanisée.

Tout commence au niveau de la grue géante qui assurait le déchargement du charbon, à l’aide d’une benne d’une contenance de 900 kilos. Une fois remplie, la benne était remontée par la grue. Le charbon était déversé sur un tapis roulant de 342 mètres qui longeait toute la partie supérieure des silos. Ces 21 silos avaient la forme de pyramides renversées (avec la pointe vers le bas) et avaient une capacité totale est d’environ 7.000 tonnes de charbon.

Évidemment, les ingénieurs était suffisamment malins que pour avoir prévu un « plan B », en cas d’avarie au tapis roulant de 342 mètres qui desservait les silos : le charbon pouvait aussi être déversé dans une gaine qui conduisait le charbon dans des wagons placés sur une voie de service installée dans la cour.


8.    Comment le charbon arrive t’il des silos jusqu’aux chaudières ?

En dessous des silos, se trouve un autre système de tapis roulants et de godets, qui apportent le charbon jusqu’au sous-sol de la chaufferie. Les godets (que l’on voit sur la photo ci-dessus) pouvaient être déversés devant n’importe quelle chaudière, avant de passer dans les sous-sols de la chaufferie, pour y récupérer les cendres et à les déverser dans des wagons.


9.    A quoi ressemble le réseau des Tramways Bruxellois en 1922 ?

A ceci…



Les installations des Tramways Bruxellois comprennaient 4 sous-stations qui alimentaient chacune séparément une partie du réseau. Les quatre parties du réseau sont isolées électriquement. Le plan ci-dessus montre le réseau complet des Tramways Bruxellois et indique la position des quatre sous-stations.


10.    Et les sous-stations ?

La sous-station de la rue Brogniez comprenait six commutatrices, qui pouvaient transformer le courant alternatif à haute tension (6.600 volts) reçu de l’usine centrale en du courant à 410 volts alternatifs ou en du courant à 550 volts continu. Comme chacune de ces 4 sous-stations, la sous-station de la rue Brogniez avait son propre tableau de commande.




La sous-station d’Ixelles comprenait sept commutatrices et deux survolteurs. Cette sous-station a été entièrement modernisée entre 1908 et 1910, afin de généraliser la commande à distance des appareils.



La sous-station de la rue Verte comprenait 6 commutatrices et un survolteur.




La sous-station de la rue Demot comprenait 3 commutatrices et un survolteur. C’était l’installation la plus récente (1913-1914) : tout l’appareillage à haute tension était logé dans des niches en béton d’une galerie située dans les sous-sols du bâtiment. De plus, cette sous-station avait été prévue pour être agrandie et éventuellement accueillir des commutateurs supplémentaires.



mercredi 24 avril 2019

Albert Vaucamps et l'omnibus à vapeur, 1873-1874 ^^

L'ancienne presse belge numérisée regorge de détails parfois oubliés des historiens traminots, vu que ces "petites histoires" ne sont pas relatées dans les rapports annuels des sociétés de transport concernées. Aujourd'hui, partons à la découverte des essais de traction par la vapeur réalisés par la compagnie Vaucamps ^^


Les premiers essais de traction à vapeur avaient commencé dès décembre 1873. On peut ainsi lire, dans le journal "La Meuse" du 19 décembre 1873:

Dans la nuit de lundi à mardi, la compagnie des omnibus américains a fait, sur le boulevard Central, à Bruxelles, un nouvel essai d'une machine à vapeur destinée à remplacer les chevaux. Plusieurs membres de l'administration communale assistaient à cette expérience. La machine consiste en une locomobile dont la roue de devant est garnie de gutta-percha (= une gomme issue du latex) pour éviter le choc du pavé.

L'expérience n'a point paru concluante. En tous cas, nous engageons vivement nos édiles à ne pas autoriser à la légère la compagnie à opérer la substitution qu'elle recherche dans un but d'économie. Nous les engageons surtout à ne pas se décider d'après les expériences faites la nuit, alors que les voies sont absolument désertes. En effet, la solution du problème n'est pas dans la découverte d'une machine propre à trainer les omnibus, mais elle consiste surtout à éviter les dangers que semblable locomotion offrirait dans les rues de Bruxelles, où la circulation toujours croissante devient chaque jour plus difficile et plus dangereuse.

Les compagnies d'omnibus américains jouissent déjà de suffisamment de privilèges et d'avantages pour qu'on ait le droit de se montrer scrupuleux à leur égard, lorsqu'il s'agit de la sécurité de tous.




Une seconde série d'essais est réalisée quelques mois plus tard. On retrouve leur compte-rendu dans un article intitulé "Omnibus à vapeur", issu de "L'Echo du Parlement" du 11 avril 1874. Il annonce l'arrivée de la locomotive à Bruxelles:
La semaine dernière, on a fait l'essai, sur le chemin de fer de Manchester, Scheffield et Lincolnshire, d'une locomotive pour tramways construite par la compagnie des machines du Yorkshire, d'après le système breveté de L. Perkins. Cette machine est destinée à la Belgian Street Railway Omnibus Company de Bruxelles (société Vaucamps).

Le perfectionnement de cette locomotive consiste en ce qu'elle ne laisse dégager ni fumée ni vapeur et qu'elle fonctionne presque sans aucun bruit. La machine est mue par de la vapeur chauffée à la pression de 500 livres par pouce carré et, à la charge ordinaire, la pression a été maintenue sans aucune difficulté.

Cette locomotive est du système dit "composé". Elle dépense sa vapeur avec la plus stricte économie, les condensateurs à air placés de chaque côté de la machine. La locomotive marche indifféremment à l'arrière et à l'avant, ce qui évite l'emploi des plaques tournantes. La machine a marché à une vitesse de 15 milles à l'heure, à pleine charge, en franchissant des rampes dont l'inclinaison est de 1/200 à 1/80. Cette machine prodigieuse est attendue à Bruxelles sous très peu de jours.




Ce troisième extrait nous décrit la présentation de cette locomotive de tramway à la presse, et a été publié dans "L'Indépendance Belge" du 1er mai 1874:

L'honorable bourgmestre de la ville de Bruxelles a présenté une machine à vapeur "sans vapeur, sans fumée et sans bruit" dont on fera prochainement l'essai sur la lignes des tramways de la compagnie Vaucamps.

"
Sans vapeur" n'est pas précisément exact, la machine étant mue par la vapeur d'eau. Mais la vapeur ne sort pas de la cheminée, complètement privée de ce panache d'une blancheur tourbillonnante qui est l'ornement ordinaire des locomotives et qui, sans inconvénients en rase campagne pour les chemins de fer ou en pleine mer pour les steamers, offrirait de graves dangers dans une grande ville. On voit d'ici les chevaux épouvantés prenant le mors aux dents à l'aspect de ces monstres enfumés et soufflants qui traverseraient nos rues et nos boulevards. Rien de pareil à craindre. Pas de vapeur visible, pas de fumée et pas de bruit. Cette fois le prospectus est rigoureusement conforme à la vérité. On entend le bruit des roues naturellement, mais non le bruit de l'appareil de chauffage et de locomotion.

L'originalité de cette locomotive, dont la force est de 4 ou 5 chevaux, et dont les dimensions sont modestes, consiste dans un système de mouvement perpétuel qui ramène la vapeur dans des tuyaux de condensation pour la reverser à l'état d'eau refroidie mais non froide, dans la chaudière, ou plutôt dans les tuyaux d'ébullition, et ainsi de suite, si bien que c'est toujours la même eau qui fait marcher la locomotive.

Indépendamment de la suppression du panache dont nous parlions tantôt, l'avantage de ce système est d'éviter l'incrustation, l'encroûtement des tuyaux, et de rendre la chaudière non pas inusable sans doute, mais inexplosive.
Ces tuyaux de condensation disposés de chaque côté de la machine lui offrent un faux air de buffet d'orgue.

Nous avons pu constater que cette machine s'arrête facilement et instantanément, sur un simple mouvement de roue donné par le conducteur. Du reste, nous serons bientôt à même de juger plus complètement de ce perfectionnement dans la traction des tramways lorsque l'expérience sera faite, non plus comme aujourd'hui sous la remise de la rue du Vautour, mais sur une des lignes du réseau. Cette expérience aura lieu la nuit, entre une heure et quatre heures du matin, pour éliminer toute mauvaise chance.




Je n'ai pas trouvé de dessin ou de plan de cette locomotive. Par contre, ces recherches m'ont permis de réaliser qu'Albert Vaucamps était une "célébrité". La vente de son réseau bruxellois de tramways et d'omnibus à Simon Philippart, pour 8.2 millions de francs de l'époque, a fait de lui un homme (très) riche, d
'autant plus qu'il obtient la concession d'un chemin de fer de 16 kilomètres reliant Milan à Erba (Italie) en 1877.

On peut ainsi lire, dans "Le Soir" du 2 janvier 1901: "M. Albert Vaucamps, ancien sénateur libéral de Bruxelles, ancien bourgmestre de Huyssinghem près de Hal, est mort à Toulouse le 25 décembre 1900. Il était né le 1er avril 1837. Ce fut lui qui obtint la première concession des tramways du bas de la ville, qui lui avait rapporté une très grosse fortune."

Après son décès, ses chevaux, sa collection de tableaux, de marbres, bronzes, violons et violoncelles, ainsi que son domaine d'Huyzingen sont mis en vente. Le domaine, qui comprend un château, une ferme, un parc avec un lac, une chute d'eau et une vue pittoresque sur la vallée de la Senne, ainsi que des bois, est aujourd'hui la propriété de la province du Brabant-Flamand et est accessible au public, tant en été qu'en hiver.


Le château d'Albert Vaucamps à Huyzingen


dimanche 21 avril 2019

L'Europe en anciennes cartes postales: Joyeuses Pâques 2019 ^^

Avec le blog, nous vous souhaitons de très joyeuses fêtes de Pâques!

Bon dimanche ^^

Cette carte postale a voyagé le 29 mars 1907


Cette carte postale a voyagé le 14 avril 1906


Cette carte postale a voyagé le 4 avril 1904


Cette carte postale a voyagé le 1er avril 1906




Cette carte postale a voyagé le 22 avril 1905


Cette carte postale a voyagé le 3 avril 1904








mercredi 17 avril 2019

Objets trouvés dans les voitures des Tramways Bruxellois, avril 1899 ^^

L'ancienne presse belge numérisée regorge de détails parfois oubliés des historiens traminots, vu que ces "petites histoires" ne sont pas relatées dans les rapports annuels des sociétés de transport concernées. Aujourd'hui, voyons quels genre d'objets étaient oubliés dans les voitures des Tramways Bruxellois, avec cet extrait du "Journal de Bruxelles" du 4 mai 1899 ^^


Objets trouvés.

Liste officielle des objets trouvés dans les voitures des tramways bruxellois pendant le mois d'avril 1899 et déposés dans les bureaux de la société, 6 impasse du Parc, à Bruxelles:
- 49 parapluies,
- 1 ombrelle,
- 8 cannes,
- 15 paires de gants,
- 11 gants,
- 19 porte-monnaie,
- 1 porte-feuille,
- 2 bracelets,
- 1 broche,
- 7 clefs,
- 8 livres,
- 1 pince-nez,
- 3 manchons,
- 2 partitions de musique,
- 2 filets,
- 2 mouchoirs,
- 1 châle,
- 3 canifs,
- 1 étui à cigarette,
- 1 pipe,
- 4 réticules,
- 1 paire de jumelle,
- 2 paires de galoches.

samedi 13 avril 2019

Les frères John et William Morris, pionniers des tramways (années 1870, en Angleterre et en Europe) ^^

Au début de l'automne 1868, William Morris vient proposer au Collège de la ville de Bruxelles de se substituer aux concessionnaires auxquels la construction et l'exploitation de la ligne de chemin de fer américain du Bois de la Cambre a été accordée. Il propose un nouveau cautionnement,  d'exécuter les travaux de manière à ce que la ligne soit livrée à la circulation au printemps 1869 et d'organiser le service dans les meilleures conditions pour le public. 

William Morris fait en sorte de mettre un minimum de pression sur le Collège:
il ne se trouve en Belgique pour peu de jours, et est prêt à abandonner l'affaire si elle n'est pas conclue avant son départ. De plus, il crée un sentiment d'urgence en invoquant l'argument du "temps nécessaire à la confection des voitures", qui doit, selon lui, également être pris en compte.

William Morris. Un gars dont on semble ne rien savoir, mais "l'arrivée fracassante" relatée ci-avant en dit long sur sa personnalité, sur sa fortune et sur ses compétences. 



Pour bien comprendre qui est William Morris, il convient de s'intéresser d'abord à John, son frère aîné. Parce que, vraisemblablement, les deux frères étaient de mèche dans cette affaire.

Signature d'un acte de 1870 relatif aux Voies Ferrées Belges: John signe à la place ("P.P.") de William


Alors, les frères Morris, qui sont-ils? Ce sont les deux fils de George Morris (né en 1789) et d'Elizabeth Hutchings. Ils sont originaires du village de South Molton, dans le Devon, où leur père travaille comme peigneur / trieur de laine. John le 12 décembre 1823 et William en août 1826. Lors du recensement de 1841, John travaille comme stagiaire auprès d'un avocat, tandis que William est apprenti chez un horloger.

La carrière de John progresse rapidement. Il quitte South Molton pour Londres, où il épouse Sarah Taylor le 15 août 1854. Ils s'installent
à Blackheath (Greenwich, dans le comté de Kent). Ils auront 6 enfants (John, Elizabeth, Alfred (qui fera carrière dans la cavalerie), Edward (qui fera ses études à Cambridge), Capel (fermier) et Percy). Aucun d'entre eux ne prendra la relève de leur père dans ses affaires d'avocat. Ce sera William Junior (1855-1934), le  seul fils de William qui atteindra l'âge adulte, qui rejoindra le cabinet Ashurt, Morris & Crisp en 1873.  Outre William Junior, que nous venons d'évoquer, William et son épousée Sarah (née en 1828) auront également une fille, Jane, qui décède à l'âge de 30 ans.


Mais revenons en à John Morris.
Il rejoint donc le cabinet d'avocats Ashurst en 1845 et y devient associé en 1854 (année où la firme s'installe au 6 Old Jewry), puis associé principal en 1862. La firme se spécialise dans les services bancaires, dans le commerce de détail à grande échelle à travers le monde et dans les chemins de fer. Il surfe sur la vague de la mondialisation des échanges commerciaux et voyage partout dans le monde: en Europe, aux Etats-Unis (où il représente Erie Railroad) et au Canada (où il est conseiller du Grand Trunk Railway) ainsi qu'en Amérique du Sud (Chili, en Argentine et en Uruguay), où il accompagne James Morrison, un homme d'affaire anglais, qui possède les grands-magasins "Fore Street Warehouse" et une fortune colossale.


E
n tant qu'avocat d'affaire, l'expertise de John Morris est surtout axée dans des domaines tes que l’introduction en bourse de sociétés commerciales, de la promotion des activités de ces sociétés, de la restructuration de leurs actifs (en cas de difficultés financières) et de leur mise en liquidation. Dans les années 1880, John Morris et son cabinet d'affaire représentent plus de 300 entreprises parmi lesquelles:
- 61 exploitations des mines (dont la moitié se trouvent en Australie);
- 31 sociétés financières, de prospection et d'investissement, principalement basées aux États-Unis; 
- 31 société agricoles, actives dans le monde entier; 
- 27 compagnies de chemin de fer actives dans diverses régions du monde;
- et 27 fournisseurs de gaz et de systèmes d'éclairage, d'eau ou de communication.

John Morris



Comme nous l'avons évoqué ci-avant, John Morris voyage beaucoup et vit pleinement avec son temps. Il a le sens des affaires et de la spéculation. Ce sont d'ailleurs des raisons spéculatives qui vont, fin des années 1860, l'amener à s'intéresser aux tramways. Il va démarcher les administrations communales et offrir ses services en vue d'établir des lignes de tramways, parfois à l'aide d'entrepreneurs locaux, et parfois en faisant appel aux services de son frère William, devenu entrepreneur en travaux publics. 
 
John Morris va s'avérer être un excellent promoteur de "chemin de fer américain". Il sera impliqué, comme conseil, dans l'établissement de lignes de tramways à Edinburgh, Glasgow, Liverpool, Dublin, Cardiff, Londres, Belfast, Plymouth, Portsmouth, Copenhague, Cracovie et Barcelone. Il essaiera aussi, infructueusement, d'établir des lignes à Dundee, Southampton et Tynemouth. Une fois les lignes construites, l'exploitation passe sous forme de société et c'est deux fois bingo pour John: une première fois sous la forme de ses honoraires d'avocat et une seconde comme actionnaire qui empoche des dividendes. Bref, sa fortune est faite.


En 1868, il envoie donc son frère William négocier la construction d'une ligne de chemin de fer américain à Bruxelles. C'est une de leurs toutes premières lignes. Le 9 juillet 1869, le Sheffield Daily Telegraph parle du chemin de fer du Bois de la Cambre en ces termes: "This way, with its excellent carriages, has been constructed by a single Englishman, without company, without shareholders, without pots-de-vin.  Not yet fully complete", tandis que le 23 juillet, William dépose un brevet d'invention pour des améliorations apportées aux aiguillages.

William Morris confie l'exploitation de ses "Voies Ferrées Belges" à William Sheldon (1812-1883), dont l'adresse est ici 3 place Saint-Jean, mais qui réside à "Langeveld sous Uccle".




En 1871, William Morris et William Sheldon fondent la "British and Foreign Tramways Compagny" avec John Macmillian Dunlop, Herman Gustav Erichsen, Louis Floersheim, le lieutenant colonel Charles Napier Stuart et Philip Rose (un avocat ayant comme clients plusieurs compagnies ferroviaires telles le Great Eastern Railway et le London, Brighton and South Coast Railway). 

Issu du "Building News" du 16 juin 1871


D'après la publicité ci-avant, cette société "
est disposée à examiner des propositions de tramways au Royaume-Uni ou ailleurs. Elle a été créée pour mener à bien les activités de tramway en relation avec les parties qui ont principalement contribué à l’introduction des tramways dans ce pays et dans les principales villes du continent et qui apporteront donc à la société une grande expérience pratique.

L’intention de la société est généralement d’investir son propre capital dans la construction et le développement des tramways qu’elle a choisis, et d’en disposer, après que ceux-ci aient fait leurs maladies de jeunesse, de manière à ce que le public protégé contre les projets malsains et/ou spéculatifs. 

La Société est entièrement libre de tout engagement, direct ou indirect, avec des entrepreneurs en travaux publics, et effectuera donc les travaux qui nécessitent d'être entrepris, aux conditions les plus rentables possibles.

La position des fondateurs de cette société leur permettra d’obtenir, aux conditions les plus favorables, des concessions des principales villes du continent et d’ailleurs, pour autant qu'elles soient favorables aux entreprises de tramway.
"



Le 25 mai, la "British and Foreign Tramways Compagny" se porte candidate pour acquérir les réseaux de tramways de Bruxelles et de Londres, suite à un accord avec William Morris, comme l'atteste cette coupure de presse issue de l'Engineering Magazine du mois d'octobre 1871.




Cependant, aucun document ne semble attester du transfert des "Voies Ferrées Belges" du patrimoine de William Morris vers la "British and Foreign Tramways Compagny". L'acte de constitution de la Société Anonyme des Tramways Bruxellois du 23 décembre 1874 indique d'ailleurs que William Morris apporte la ligne du Bois de la Cambre à titre personnel.

Entête du papier à lettre des "Voies Ferrées Belges"


La "British and Foreign Tramways Compagny" est mise en liquidation dans le courant du mois de mars 1874. Ses actifs sont repris par la "Tramways Union Company Ltd". William Morris ne fait pas partie des directeurs de la nouvelle société. Il donne presque l'impression de "prendre sa retraite" en 1874. Il vend son réseau bruxellois et liquide sa "British and Foreign Tramway Company" la même année que celle où son fils doit partir en Australie pour des raisons de santé. Est-ce juste une coïncidence? On notera cependant qu'il ne se retire des Tramways de Glasgow qu'un an plus tard, en 1875.



Après avoir vraisemblablement mis fin à ses activités tramiviaires, William Morris part s'installer à Hove, où il agit en tant que promoteur immobilier des "West Brighton Estates" et aménage le bord de mer entre les 1ère et 4ème avenues. Il y fait également construire un immense ensemble immobilier avec vue sur mer ("Queen's Gardens"), et s'implique dans la gestion des "West Brighton Waterworks". Il décède le 13 juillet 1913. Je n'ai malheureusement pas pu retrouver de photo de lui. A moins qu'il ne se cache quelque part sur la photo prise devant sa maison en 1874?


Quant à John Morris, mes recherches se sont arrêtées à la mise en liquidation de la "British and Foreign Tramways Compagny". Il continue visiblement ses activités de promoteur de lignes de tramways, notamment via la "Tramways Union Company Ltd", et participe, en tant que conseil, à l'établissement de lignes de tramways partout dans le monde: Brême, Bucarest, Madrid, Calcutta, Hanovre, Dresde, Rouen,... Il fait également construire de nouveaux bureaux au 17 Throgmorton Avenue, dans lesquels la firme s'installe en 1890. Il décède en mars 1905.

mercredi 10 avril 2019

Les Tramways Bruxellois à la Gare de la Petite Ile, 1930 ^^

Je vous avais parlé, dans un précédent article, de la gare de marchandise de Bruxelles-Petite-Ile et de la prolongation de la ligne 18 des Tramways Bruxellois, qui relie la place communale de Laeken à la gare du Midi depuis le 1er mai 1911, jusqu'à la cette gare.

Pour pouvoir installer leur terminus à Petite Île, les Tramways Bruxellois ont besoin de fixer les fils de garde et la ligne aérienne aux pilastres du pont du chemin de fer, qui surplombe la rue des deux Gares. Nous avons eu la chance de pouvoir récupérer une copie du plan qui accompagnait cette demande, introduite au printemps 1930, ainsi qu'un plan représentant schématiquement ce à qui ressemblait l'attache du fil de garde. Par contre, nous n'avons pas pu retrouver de copie du plan d'une rosace de suspension destinée à l'attache de la ligne aérienne.




Plan des points de suspensions de la ligne aérienne sur le pont du chemin de fer de la gare de la Petite Ile.


Le pont "en vrai" et en 2019. Il ne comporte plus aucune trace des points de suspensions de la
ligne aérienne des Tramways Bruxellois



Plan d'une plaque d'attache pour fil de garde


L'autorisation demandée est accordée par le Ministre des Transports. Une redevance annuelle de 40 francs est demandée en contrepartie, ainsi qu'une provision de 50 francs, destinée à couvrir les frais de surveillance des travaux par les agents de la Société Nationale des Chemins de fer belges.



Les Tramways Bruxellois sont avertis de cette décision le 29 mars 1930.




Le service de la Voie de la SNCB établit, le jour même, un document officialisant la redevance annuelle de 40 francs, à payer directement à la gare de Bruxelles - Petite Ile.



Les Tramways Bruxellois accusent réception, en date du 4 avril 1930, du courrier qui leur a été adressé le 29 mars. On notera que leur accusé de réception un quasiment un copié-collé du courrier qui leur a été envoyé ^^




Le 27 avril 1930, la SNCB adresse un rappel aux Tramways Bruxellois, leur demandant d'effectuer au plus vite le versement de la somme de 50 francs, destiné à couvrir les frais de surveillance des travaux.



La somme de 50 francs est versée le 30 avril. Les travaux sont effectués dans le courant du mois de mai, vu que le décompte des frais, réalisé une fois ces travaux terminés, est effectué le 5 juin 1930. On y lit que les frais à déduire pour surveillance "fictive" reviennent à 5 francs et que les 45 francs restant seront remboursés aux Tramways Bruxellois.



Le relevé de compte est envoyé aux Tramways Bruxellois le 5 juillet 1930. On n'y parle heureusement plus de surveillance fictive, et on y apprend par contre que les travaux ont été réalisés le 5 mai 1930.



Le prolongement de la ligne 18 jusqu'à la gare de Petite Ile est mis en service le 1er juillet 1930. Le terminus du 18 à la Petite Ile était en triangle, avec recoupement. Le tram, venant de la rue des Deux Gares continuait tout droit après le carrefour avec la rue des Marchandises et s'arrêtait ensuite, après avoir coupé la voie venant de la rue des Marchandises. Ensuite il faisait marche arrière vers la rue des Marchandises avant de repartir vers la Bourse en coupant la voie venant du Midi.



Le 19 mars 1936, un courrier de la SNCB informe les Tramways Bruxellois que la redevance annuelle de 40 francs est supprimée, du fait que les 4 attaches de la ligne aérienne sont fixées dans une partie du pont donnant sur la voie publique, et qu'elles ne sont donc plus taxables en vertu de nouvelles instructions.



Le bordereau de versement de la redevance de 40 francs par les Tramways Bruxelles est donc refusé tandis que la redevance est biffée du registre des perceptions de la gare de la Petite Ile.

recto du bordereau de versement

verso du bordereau de versement


Et nous voilà arrivés à la fin de ce bel ensemble de documents, qui nous aura fait prendre conscience du travail administratif et comptable nécessaire pour, en fin de compte, de placer 4 attaches sur un pont!

Bonne soirée,

Callisto

dimanche 7 avril 2019

L'Europe en cartes postales anciennes: la famille royale belge ^^

J'ai retrouvé, en brocante, une série de photos-cartes postales de la famille royale de Belgique. Je vous les présente ci-dessous, en faisant de mon mieux pour les replacer "par date".

On commence avec Marie-Louise, la première Reine des Belges, et son fils (Louis-Philippe ou Léopold, difficile à dire - 1833 ou 1835).



Ensuite, on fait un gros saut dans le temps pour admirer un autre bébé. Nous sommes en 1902 (c'est écrit au verso de la carte) et l'enfant n'est autre que le futur Léopold III.




Léopold III, toujours, vers 1910 cette fois. Il pose avec sa maman, la reine Elisabeth.




Nous sommes au début des années 30, avec Marie-José, la soeur de Léopold III, et son mari, le prince Umberto d'Italie.





Probablement à la même époque, un portrait de la princesse Joséphine-Charlotte, la fille ainée de Léopold III et de la princesse Astrid.



On retrouve la princesse Joséphine-Charlotte avec ses frères Baudouin et Albert, sur ce cliché de 1934.



Portrait de famille, probablement du début des années 40, qui nous présente Léopold III accompagné de ses trois enfants.




Et pour finir, dans les années  50, le roi Baudoin inspectant une batterie aérienne.



Bon dimanche!