samedi 21 septembre 2019

Histoire de la société anonyme du Chemin de fer à Voie étroite de Bruxelles à Ixelles-Boendael (3/10) ^^

Dès le 30 septembre 1884, le premier concessionnaire, Félix Vellut, et Emile André, administrateur-délégué de la société anonyme du Chemin de fer à Voie étroite de Bruxelles à Ixelles-Boendael, demandèrent, à titre d’extension du tramway exploité à Ixelles, la concession d’un réseau, entre Bruxelles et Etterbeek par Ixelles, et comprenant 3 lignes :
  • De la place du Musée à la chaussée d’Ixelles;
  • Du boulevard circulaire (près de la fontaine de Brouckère, sur la porte de Namur) à la chaussée de Wavre;
  • De la rue du Trône aux casernes d’Etterbeek.

La société du Chemin de fer à Voie étroite de Bruxelles à Ixelles-Boendael obtient difficilement les extensions de son premier réseau, surtout à cause des protestations contre la traction par locomotive à vapeur. On notera que l’acte de cession de concession, de Monsieur Vellut vers le BIB, est approuvé par l’arrêté royal du 24 octobre 1884. 

Un autre arrêté royal, du 24 octobre 1884 également, accorde la concession d’un premier prolongement allant du boulevard Militaire jusqu’à Boendael (au "Café du Lac", à l'angle des actuelles avenues du Derby et Air Marshal Coningham) par des chemins vicinaux (devenus les actuelles avenues Buyl et du Pesage). A cette époque, l’itinéraire de ce prolongement se faisait par des chemins de campagne, traversant de vastes terrains affectés à la culture maraîchère et à l’élevage du bétail.





La Compagnie a pour obligation de transporter tous les voyageurs qui se présentent. La ligne vers le Bois de la Cambre est souvent encombrée. Sur la pente de la chaussée d’Ixelles, la succession des trains sur la voie unique est assez rapide, ce qui présente un réel danger. Le 25 janvier 1885, la foule se presse pour aller au Lac où une fête de patinage est organisée en faveur des ouvriers sans travail. La direction avait d’ailleurs décidé d’abandonner la recette du jour à l’œuvre philanthropique de la presse, et avait augmenté le nombre de trains.  Une collision violente se produit près de la place Sainte-Croix et plusieurs voyageurs sont blessés.

On peut ainsi lire, dans "L’Indépendance Belge" du 27 janvier 1885:

"L’administration du Chemin de fer à Voie étroite de Bruxelles à Ixelles-Boendael nous adresse la note que voici:

Les conséquences du triste accident qui s’est produit dimanche sur le tramway à vapeur d’Ixelles ont été heureusement exagérées.

La compagnie du Tramway a envoyé dès dimanche soir et lundi encore Monsieur le docteur Spaak qui a constaté qu’une seule personne est en danger de devoir subir une amputation. Les autres sont atteintes de fractures et de plaies simples qui guériront en demandant un temps qui variera de deux à six semaines.

Cet accident est dû au croisement en simple voie qui se trouve à la place Sainte-Croix. Ce passage avait été signalé comme dangereux par la Compagnie dès les premiers jours de l’exploitation. Elle l’avait indiqué à l’autorité compétente et avait remis un dossier complet demandant le doublement de la voie. La compagnie n’a plus eu de nouvelles de ce dossier depuis qu’elle l’a remis.

La panique qui s’est produite dimanche lors du choc a causé plus de blessures que le choc lui-même. Les voyageurs se sont précipités hors des voitures en brisant les vitres, en sautant les portières, en bousculant et fracassant tout ce qui s’opposait à leur passage. C’est du reste l’éternelle histoire des accidents de ce genre : l’affolement et la peur sont les principales causes du malheur que l’on a à déplorer. 

Dès lundi matin des mesures radicales seront prises par la compagnie du tram pour éviter qu’un accident de ce genre puisse encore se produire. Une équipe de pilotes serre-freins accompagne chaque tram à la descente, de façon à éviter que deux trams puissent descendre en même temps la chaussée d’Ixelles et aussi pour pouvoir arrêter net un tram chargé, au milieu de la descente."



Finalement, aucune amputation ne sera nécessaire, comme le précise le docteur Spaak dans un communiqué daté du 27 janvier: 

"J’ai visité ce matin tous les blessés, et à mon grand contentement, je les ai tous trouvés dans un état relativement satisfaisant.

Madame Lust, sur l’état de laquelle j’avais des appréhensions, va beaucoup mieux. Monsieur Swyens et sa fille sont traités par le docteur Lebrun. J’ai assisté ce matin à sa visite, et il a bon espoir de voir ses malades guérir complètement après un temps plus ou moins long.

L’état des demoiselles Mesureur s’est également amélioré. Je ne crois pas qu’il sera nécessaire de faire l’amputation du pied de la plus jeune de ces demoiselles car, inspection faite du pied, je n’y ai pas constaté la moindre plaie. Dans le cas de Monsieur Webb, tout se présente favorablement. 

Les autres blessés ne présentent guère que des contusions sans importance."



Suite à cet accident, la société demande la concession d’un tramway destiné à permettre, par la combinaison des lignes existantes, d’exploiter le tramway d’Ixelles sans danger de collision. Ce projet provoque de nombreuses protestations de la part des riverains, à cause "des dangers graves et multiples qui naissent du passage des trains dans des rues fréquentées et étroites, des obstacles qu’il crée au libre accès et à la paisible jouissance des habitants, du préjudice énorme qu’il inflige aux commerçants, de la détérioration qu’il occasionne aux immeubles sans cesse ébranlés et de la trépidation imprimée aux sols, des inconvénients qu’il résulte des nuages de fumée pénétrant dans les appartements et du bruit désagréable du cor avertisseur".

Les protestataires sont écoutés et la concession n’est pas accordée. Pour la société ce n’est que partie remise: elle effectue alors, les jours d’affluence, ses services vers Boitsfort par la chaussée d’Ixelles, tandis que les services vers la Porte de Namur empruntent la rue Malibran. Cette situation permet de composer des trains de 4 voitures, ce qui n’est pas possible en maintenant l’exploitation par la voie unique de la chaussée d’Ixelles.



Quittons un moment Bruxelles pour Anvers, où se tient, du 2 mai au 2 novembre 1885, l’exposition universelle d’Anvers. Un "Concours international de traction mécanique et de matériel de tramways" y est organisé. 

Deux catégories de véhicules y sont admises :
  • d’une part les voitures automotrices reconnues propres à la traction dans les villes ;
  • d’autre part, les voitures automotrices reconnues propres à la traction sur les tramways ou chemins de fer vicinaux.


La Société La Métallurgique envoie à ce concours deux locomotives de tramways construites dans les ateliers de Tubize. La première de ces machines  est pareille à celles qui font le service du tramway de Liège à Seraing, tandis que l'autre, qui porte le numéro de constructeur "Tubize 601", est identique aux machines de tramway d'Ixelles-Bruxelles. Ces deux véhicules reçoivent chacun un diplôme d’Honneur (autrement dit, les meilleurs résultats du concours).

Une fois l’exposition d’Anvers terminée, la locomotive Tubize 601 rejoint le réseau de Bruxelles à Ixelles-Boendael, où elle reçoit le numéro 11.

La locomotive Tubize 601 © Coll. « Musée de la Porte », Tubize


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